Vie Paroissiale

Bulletin - 25 Février 2018

Le « secret messianique »

Dans l’évangile de Marc, Jésus semble cacher sa véritable identité. Le silence est imposé aux disciples (8, 28-30) et aux démons (1, 24-25. 34 ; 3, 11-12). Jésus accepte la confession de Pierre mais lui ordonne aussitôt le silence (8, 29-30). Même lors de l’entrée solennelle à Jérusalem, alors que les autres évangélistes déclarent explicitement sa royauté (Mt 21, 9 ; Lc 19, 38 ; Jn 12, 13), Marc prend soin de ne pas identifier Jésus avec l’héritier royal de David : « Hosanna ! Béni celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni le royaume qui vient de notre père David ! ». Il est nécessaire pour le Christ d’être tué avant d’établir son règne ; une fois la passion commencée, il proclame sa qualité de Messie (14, 61).

Ce « secret messianique » exprime la décision de Jésus d’aller à sa passion conformément à la volonté de Dieu exprimée dans les Ecritures. Avant la passion, la gloire de Jésus rayonne déjà de Jésus, mais il faut la voiler. L’incompréhension des disciples, souvent rappelée, nous met en garde : il ne faudrait pas altérer le mystère de Jésus en « escamotant » la passion et ne considérant le Christ que dans sa gloire.

« Qui est cet homme à qui le vent obéit ? » (4, 41). Pour inviter les pécheurs à la conversion, Jésus doit être investi d’une mission spéciale. L’approche faite par Marc est concentrique. On découvre l’identité de Jésus en parcourant TOUT l’évangile.

- Marc fait particulièrement apparaître les traits humains de Jésus, qui éprouve de la pitié (6, 34 ; 8, 2), s’irrite (1, 43 ; 10, 14), se met en colère (1, 41 ; 3, 5), s’étonne devant le manque de foi (6, 6), soupire d’émotion ou de découragement (7, 34 ; 8, 12). Son regard sur les êtres est très varié (3, 5.34 ; 5, 32 ; 10, 21.23.27 ; 11, 11)...

- Jésus est un Maître qui a des disciples. Son ministère commence avec leur appel (1, 16), puis il choisit les Douze « pour qu’ils soient avec lui » (3, 14). Il les instruit, souffre de voir leur « lenteur à croire » (6, 52 ; 8, 17). Ils sont toujours avec lui, sauf pendant leur envoi en mission. Jésus ne sera vraiment seul qu’au moment où tous l’abandonnent dans sa passion.

- Jésus est un « Rabbi » qui enseigne la foule (2, 13 ; 6, 34) et réserve un enseignement spécial aux disciples dans la maison.

- Jésus est un thaumaturge qui n’enseigne pas que par sa parole, mais aussi par ce qu’il fait. Marc accorde une place majeure aux miracles, qui forment un tout avec la prédication de Jésus (1, 39 ; 3, 14 ; 6, 12). Révélant la puissance de Jésus, ils sont signes de la venue du Règne de Dieu. Les expulsions de démons et les guérisons détruisent le règne de Satan (vaincu par « le plus fort » : 3, 27) et restaurent la création dans sa bonté originelle.

- Mais Jésus si puissant sera impuissant pour lui-même devant les mauvais traitements que les hommes lui infligeront durant sa passion. « Il en a sauvé d’autres, il ne peut se sauver lui-même. Le Messie d’Israël ! Qu’il descende de la croix pour que nous voyions et croyions », se moqueront ses adversaires (15, 31-32). Un lien mystérieux réunit la faiblesse et la puissance de Jésus

- Jésus n’est pas le Messie établissant un royaume terrestre. Il est le Crucifié et le Fils de Dieu. En présentant la crucifixion comme un drame liturgique, ponctué selon les heures traditionnelles de la prière chrétienne (15, 25.33-34), Marc rappelle qu’elle est célébrée et vécue jusqu’à la fin des temps. Fils de Dieu envoyé par le Père, Jésus vient délivrer les hommes de tous les ennemis et leur pardonner. Sans forcer le cœur des hommes, il s’abaisse et se laisse bafouer. Tel est le chemin sur lequel il entraîne ses disciples (8, 31-38).

D’après Frédéric Manns, O. F. M., Lire la Bible en Eglise (1996), pp. 257-260.

Lien vers le Bulletin

Recherche

Tags

Your browser doesn't support this tag cloud

À coté de la cathédrale